Guerre Cognitive
Votre cerveau est le nouveau domaine opérationnel de l’OTAN
L’époque où la guerre se limitait aux tranchées, aux espaces aériens ou même au cyberespace est révolue. Aujourd’hui, le champ de bataille s’est déplacé de quelques centimètres : il se situe désormais entre vos deux oreilles.
Le récent rapport du Chief Scientist de l’OTAN sur la Guerre Cognitive (CogWar) est une lecture électrisante, mais aussi profondément troublante.
Il nous dit une chose simple : la supériorité militaire de demain ne dépendra pas de la puissance de feu, mais de la capacité à hacker, protéger ou influencer les processus décisionnels humains.
Le Hacking de la boucle OODA: Anatomie d’un piratage mental
Pour comprendre la menace, il faut revenir au concept de la boucle OODA, théorisé par le colonel John Boyd. C’est le moteur de toute décision, qu’elle soit celle d’un pilote de chasse ou d’un utilisateur sur X/Twitter.
Observe (Observer) :
Collecter les données brutes de l’environnement.Orient (Orienter) :
C’est l’étape où nous filtrons l’information à travers nos expériences, notre culture, notre génétique et nos biais.Decide (Décider) :
Formuler un plan d’action basé sur notre interprétation.Act (Agir) :
Exécuter la décision.
Le pivot de la Guerre Cognitive, c’est l’Orientation.
L’adversaire ne cherche pas seulement à vous empêcher d’agir ; il cherche à corrompre vos filtres. Si un acteur malveillant (étatique ou non) parvient à saturer votre phase d’observation par du bruit (infobésité) ou à manipuler votre phase d’orientation via des algorithmes biaisés, vous prendrez une décision qui vous semblera logique, mais qui servira ses intérêts.
Le rapport identifie un “House Model” où les neurosciences et l’IA fusionnent pour créer des effets de distorsion de la réalité. On ne vous force pas à penser quelque chose ; on s’assure que vos propres processus cognitifs vous y amènent “naturellement”.
Le parallèle avec Asma Mhalla : La Technopolitique comme destin
C’est ici que le pont avec les travaux d’Asma Mhalla devient intéressant. Dans son analyse de la Technopolitique, elle décrit l’émergence d’un “continuum civilo-militaire”.
Asma Mhalla nous avertit : les plateformes technologiques que nous utilisons pour commander une pizza ou scroller sur Instagram sont devenues les infrastructures mêmes de notre phase d’Orientation. La Big Tech n’est plus seulement une industrie ; elle est la “boîte noire” qui décide de ce que nous observons et de la manière dont nous l’interprétons.
L’OTAN parle de “Supériorité Cognitive” : La capacité à protéger sa propre boucle OODA tout en brisant celle de l’autre.
Asma Mhalla parle de “Souveraineté Technopolitique” : Qui contrôle les infrastructures de pensée ? Si les algorithmes d’une puissance étrangère gèrent l’orientation de votre population, vous avez déjà perdu la souveraineté.
Les deux convergent : nos infrastructures numériques sont devenues des armes de précision. L’IA n’est pas qu’un outil de productivité ; c’est un multiplicateur de force qui permet de personnaliser la manipulation (micro-targeting) à une échelle industrielle.
Pourquoi doit s’en préoccuper ?
Si vous construisez des algorithmes, vous ne créez pas seulement du code. Vous dessinez les contours de la psyché collective. Le rapport de l’OTAN souligne que la “fragmentation de la confiance publique” est l’une des plus grandes menaces pour la sécurité collective.
Nous sommes au cœur du réacteur :
En tant que cibles : Les ingénieurs et décideurs sont des cibles de choix. Hacker le cerveau d’un CTO est parfois plus efficace que de hacker son serveur.
En tant que vecteurs : Les produits “user-friendly” que nous développons — conçus pour capturer l’attention — sont les chevaux de Troie idéaux pour affaiblir la résilience cognitive de nos sociétés.
Vers une Résilience Cognitive
L’OTAN appelle à une approche “Whole-of-Society”. Il ne s’agit plus de laisser la défense aux généraux. La résilience passe par l’éducation, la transparence algorithmique et une prise de conscience brutale : notre attention est une ressource finie, précieuse et stratégique.
Comme le souligne Asma Mhalla, nous devons sortir de la naïveté technologique. La technologie est politique par essence. Elle est le nouveau sol sur lequel se joue la souveraineté des nations et la liberté des individus.
Et vous ? Êtes-vous prêts à défendre votre propre boucle OODA ?
Source : The Cognitive Warfare



